RÉSEAUX SOCIAUX : L’ART DU CHAOS !
600 millions de comptes Facebook, 19,5 millions d’utilisateurs en France dont 50 % se connectent au moins une fois par jour (étude Ifop), 50 millions de messages Twitter quotidiennement, les chiffres des réseaux sociaux donnent le tournis. Et le phénomène s’accélère chaque semaine. Avec une double certitude : non seulement ils sont devenus incontournables, mais ils transforment profondément les anciens paradigmes de la communication. Sur tous les registres : marketing, communication corporate, financière, sans oublier la com’ interne où les réseaux sociaux sont en train de pulvériser les antédiluviens intranets.
Incontournables ? Sans aucun doute. Car au-delà de la nouveauté, de l’appétit technologique et des délices de la découverte, ils répondent à une mutation profonde des comportements et de la culture consumériste : c’est une réponse individuelle à un sentiment prégnant d’un collectif vécu comme par trop pesant. La rançon d’une culture (systématiquement) de masse : une télévision de « masse » devant laquelle, comme le souligne le philosophe Bernard Steigler, des millions de téléspectateurs « synchronisent des émotions (identiques) » au rythme des mêmes téléfilms, des mêmes infos spectacles assénés par des « messes du 20 h 00 » mondialisées. Un marketing de masse où chacun « le vaut bien », quelle que soit sa culture. « Or, poursuit Bernard Stiegler, un consommateur qui n’a pas le droit de dire “je” n’est plus un “je” ou un “nous” car il est réduit au “on” : dépersonnalisé, désincarné, et ce, par principe et par structure. L’organisation de la consommation qui consiste à synchroniser les “je” au point de nier leurs différences est ce qui tend à annuler l’amour de soi, l’amour-propre. » Idem en politique : des messages de masse dans lesquels gauche-droite, progressistes et réactionnaires s’affrontent, à la marge, avec des convictions souvent identiques. Dès lors, exister dans sa communauté, rester connecté avec son clan est une échappatoire, une nouvelle façon d’exister, de dire « je ». Je « like », je twitte, je « poke », mais JE.
Devenus la principale source d’interaction sociale, les réseaux sociaux sont en quelque sorte une réécriture d’un contrat social à dimension humaine, voire personnelle. D’où ce succès foudroyant. Chiffre édifiant : en France, sur 46,9 millions d’internautes âgés de 6 ans et plus, 37,8 millions visitent des sites de réseaux sociaux, soit une pénétration de plus de 80 %. En moins de 24 mois !






